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Nature

Aux ruisseaux, il a fallu des millénaires pour modeler ce paysage, dont nul n'a jamais perçu l'insensible changement.

Chacun d'eux en a rogné, ciselé, fignolé sa part. Il a fallu arrondir cette croupe, accentuer ce repli, ou l'adoucir, ménager aux regards cette ample trouée, harmoniser cette courbe.

Ils n'ont rien permis qui soit heurté, immodéré, hautain ou même sévère.

Ils ont voulu que leur oeuvre commune fût toute de grâce et de gentillesse.

Puis les hommes sont venus.

Ils ont étalé sur la plaine un somptueux damier de cultures; puis ont retouché les coteaux, épuré la courbe des lisières, tendu le vert des prairies ou l'or des moissons entre les frondaisons, ajusté aux flancs des vallons le triangle des bois, pointe vers le bas, toison qui cache des replis secrets.

Ensuite, ils ont éparpillé dans tout le paysage leurs maisons et leurs fermes: naguère murs chaulés et chaume gris, aujourd'hui brique et tuile rouges, qui rient dans l'étendue verte. Cela fait, ils ont disposé en bouquets leurs vergers et planté des arbres.

Les gens d'ici aiment les arbres et, d'instinct, ils trouvent la place qui convient. Il en est résulté le paysage le plus harmonieux et le plus humain qui soit. Nulle part ailleurs vous ne rencontrerez une grâce si simple, une fraîcheur si agreste, une telle paix, une telle mesure.

Tout ici est le produit d'une étroite connivence entre l'homme et la nature.

Extrait de Roger Cantraine. Revue du Touring-Club de Belgique 1er février 1955.

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