Ellezelles, Territoire de Mémoire
La commune d'Ellezelles reconnue Territoire de Mémoire
En avril 2023, la commune d’Ellezelles a été reconnue comme « Territoire de Mémoire » au même titre que quelques 220 autres communes qui œuvrent pour un travail de mémoire auprès des enfants, des jeunes et des adultes et encouragent l’implication de tous dans la construction d’une société démocratique garante des libertés fondamentales.
Le Devoir de Mémoire
Depuis plusieurs années, la commune d’Ellezelles met un point d’honneur à ce que le devoir de mémoire soit fait auprès de l’ensemble des générations. Raison pour laquelle un comité Mémoire a vu le jour et s’attèle depuis 2021 à mettre en lumière les grandes étapes de la Seconde Guerre Mondiale au fil d’un cycle d’expositions.
Après la rétrospective de la Campagne des 18 jours et le début de la Guerre en Belgique mais aussi l’exposition consacrée aux réfractaires et au travail obligatoire, l’étape suivante sur la ligne du temps de la guerre 40-45 a amené les visiteurs à la découverte de la vie dans les Stalags et Offlags allemands via des portraits très personnalisés de plus de 70 Ellezellois y ayant vécu de longs mois de captivité. De la solidarité entre les prisonniers aux tentatives d’évasion en passant des anecdotes cocasses et émouvantes, cette exposition emportait les visiteurs en totale immersion dans l’atmosphère des camps de prisonniers de guerre. Une riche rétrospective qui n’aurait évidemment jamais pu voir le jour sans la collaboration de nombreuses familles de prisonniers ayant largement alimenté l’exposition de photos et documents d’époque divers.
Afin de rendre le devoir de mémoire intergénérationnel et de sensibiliser les plus jeunes à cette période sombre de notre histoire, une partie de l’exposition a d’ailleurs été réalisée en étroite collaboration avec les écoles de l’entité (école communale de Wodecq et école libre Saint-Joseph d’Ellezelles). Plusieurs élèves, pour certains arrières-petits enfants de prisonniers de guerre, ont collecté les informations relatives à leur aïeul pour en résumer son parcours dans l’un des Stalags-Offlags allemands.
Les thèmes des dernières expositions:
2021 "La campagne des 18 jours"
2022 "Les réfractaires et le travail obligatoire"
2023 "Les soldats ellezellois prisonniers de guerre et les camps"
Des livres reprenant l'intégralité du contenu des expositions sont en vente à l'administration communale
Des événements marquants:
La rafle d'avril 1944
Comme toute la Belgique occupée, Ellezelles vécut très difficilement la période d'occupation par l'Allemagne nazie entre mai 1940 et septembre 1945. Dès 1942, lors de la nomination du bourgmestre rexiste Ledoux, puis de l’adjoint Bourlez, le climat de résistance passive se mua en résistance plus musclée. Ce qui provoqua une réaction de plus en plus répressive de la part des Allemands et, en particulier, de la Gestapo.
Pour Ellezelles, tout commença le 29 mai 1943, par l’arrestation dans le train de Bruxelles de Gustave Renard, décédé à Sandbostel , le 12 avril 1945. Le 2 janvier 1944, Valère Spileers et Edmond Vanderdonckt sont arrêtés suite à une dénonciation. Valère Spileers est décédé en lieu inconnu et à une date présumée : le 08-04-45, Edmond Vanderdonckt sera fusillé à Oostaker le 24 août 1944. Le 7 avril 1944, des agents de la S.D. blessent gravement Edgard Vandewaele; évacué à l’infirmerie de la prison de Gand, il sera relâché quelques jours avant la Libération. Le 24 avril 1944, la Gestapo vient pour arrêter Paul Masure ; il était absent mais arrête son épouse Irène Chevalier et un réfractaire audenardais Christian Baert. Irène Chevalier sera rapatriée le 14 mai 1945. Ce même jour est arrêté Clovis Gyselinck (avec d’autres Renaisiens) il sera libéré d’un des camps de Sachsenhausen /Oraniënburg , le 22 avril 1945. Le 25 avril 1944, Albert Rosier est arrêté ; il meurt à Mauthausen le 13 avril 1945. Le 26 avril 1944, la Gestapo arrête Jean Vandendooren, employé communal. Il meurt à Buchenwald le 20 février 1945.
La grande rafle de la nuit du jeudi 27 au vendredi 28 avril 1944. Vers minuit les deux gardes-champêtres Julien et son fils Lucien Vandewalle ont été sommés de rendre leurs armes (pistolet de guerre FN7,65 ) et de conduire les membres de la Gestapo aux adresses mentionnées sur une liste (liste dont la provenance aujourd'hui est encore un mystère). 26 Ellezellois sont arrêtés et emmenés vers un tragique destin :
- Belsire Emile, mort à Harzungen le 18/06/1944
- Bertouille Paul mort à Harzungen-Nordhausen le 8 février 1945.
- De Billoëz Arnould, mort à Ellrich début avril 1945 enterré dans une fosse commune à Segeletz
- Delange Victor , mort à Ellrich début janvier 1945.
- Delfosse Arthur, mort à Sachsenhausen le 24 mai 1945.
- Destrebecq Léopold, mort à Bergen-Belsen en avril 1945.
- Devos Albert, mort à Ellrich le 12/03/1945
- Dumont Maurice, mort aux environs d'Oraniënburg, le 15 avril 1945, pendant l’évacuation.
- Dusauçoit Lucien, mort à Dora (Harzungen ) le 31/07/1944.
- Dutranoit Oswald, mort à Ellrich en avril 1945.
- Goudalier Fernand, mort à Ellrich en avril 1945.
- Goudalier Hervé, mort à Ellrich le 08.05.1945 (date présumée du décès).
- Hendrick Paul, mort à Ellrich le 18 mars 1945.
- Hendrick René, mort pendant l'évacuation entre Ellrich et Oranienburg, en avril 1945.
- Lagneau Roger, natif de Renaix, mort à une date et un lieu inconnus.
- Leemans Emile présumé décédé à Bergen-Belsen début avril 1945.
- Lefebvre Albert, mort à Bergen-Belsen vers le 13 avril 1945.
- Masure Maurice, mort à Bergen-Belsen le12 avril 1945.
- Masure Michel, mort à une date et un lieu inconnus.
- Moxhet Léon, mort à Buchenwald? ( date inconnue).
- Persoons Richard, rapatrié le 8 mai 1945.
- Vandereecken Edmond, mort à Bergen-Belsen le 8 mai 1945.
- Vandewalle Julien emmené avec son fils avec les autres après la rafle, mort à Bergen- Belsen le 5 mai 1945.
- Vandewalle Lucien, mort à Nordhausen en février 1945.
- Van Heucq Marcel, rapatrié et mort à l’hôpital de Kevelaer le 7 juin 1945.
- Van Lithaut Denis, rapatrié le 29 avril 1945.Wallemacq René, mort à Dora en mars 1945.
Cependant, l’un ou l’autre Ellezellois traqué leur échappa miraculeusement. Ce furent Oswald Clavelle, Georges Delestrée, Ernest Haustrate (facteur), Georges Van Wincq, Noël Chevalier, Roger Herbecq, Roger Lecocq, Jean Ronsse et peut-être d’autres encore que nous ignorons.
Chaque année, le dernier dimanche d’avril, Ellezelles se souvient lors d’une toujours émouvante cérémonie.
Extrait du TOME II du MEMORIAL ELLEZELLOIS et du livre de N. Deconinck "LE RENAISIS pendant la seconde guerre mondiale"
Le geste héroïque de Floyd Addy
Le 14 juin 1944, 36 bombardiers américains B-24 «Liberator» décollaient d’Angleterre pour aller bombarder une base aérienne à Laon dans l’Aisne en France. Pour éviter au maximum les tirs de la DCA allemande, ils sont passés par la Hollande puis ont traversé la Belgique du nord au sud. Sur la route du retour, les bombardiers furent souvent la cible des tirs ennemis. En queue d’escadron se trouvait l’avion piloté par le lieutenant Floyd Addy.
Le passage à proximité de la base allemande de Chièvres sonna le glas pour son avion. Très endomagé par les nombreux tirs reçus, l'avion perdit très vite de l'altitude. Deux choix se présenta au pilote: tenter d'atterrir dans un champs ou évacuer l'avion en parachute. Il ordonna alors à son équipage de quitter l’avion en leur disant: «Bonne chance à vous tous, je reste dans l’avion. Il y a des amis parmi les gens d’en bas et je ne veux pas qu’un de nos avions leur tombe dessus. » (propos rapportés par les survivants).
Les neuf hommes d’équipage tombèrent entre Ath et Ogy. Trois d’entre eux furent prisonniers; les autres, grâce à la solidarité et au patriotisme des villageois, se cachèrent des Allemands dans les environs jusqu’à la libération.
Pour le pilote Floyd Addy, le dénouement fut moins heureux. Voulant éviter à tout prix que son avion en perdition ne s’écrase sur le centre de Wodecq voire Flobecq, il est resté à bord jusqu’au dernier moment. Évitant l’église de Wodecq, il vira plein sud vers une zone moins habitée. Il réussit malgré tout à s’extraire de l’avion mais, à trop basse altitude, son parachute n’eut pas le temps de s’ouvrir. Il était 9h17 quand l’avion s’écrasa au lieu-dit «Champ du pont» éparpillant des débris sur plus d’un kilomètre.
Un site web très complet est dédié à ce grand fait d'histoire du village de Wodecq: http://floydaddy-wodecq.be
Le combat de Wodecq
Septembre 1944, les troupes allemandes battent en retraite. Les anglais entrent dans Tournai. A Wodecq (village de l'entité d'Ellezelles), une unité allemande est retranchée dans un ferme.
N'écoutant que leur courage, un groupe de jeunes hommes d'Ellezelles, Renaix, et même un réfugié polonais, décident d'attaquer la troupe et de bouter l'envahisseur hors du village.
Mais le combat est trop inégal entre ces volontaires, peu entraînés, armés principalement de leur courage et ces troupes d’élite, aguerries par quatre années de combats féroces. Nos jeunes n’eurent aucune chance et vinrent mourir aux alentours de cette ferme. Les survivants furent capturés et fusillés.
Leurs funérailles donnèrent lieu à des images bouleversantes. Celle des cercueils alignés sur le parvis de l'église St Pierre, trop petite ce jour là pour accueillir la foule venue entourer les familles et rendre un dernier hommage, reste gravée dans la mémoire de tous ceux qui l'ont vue.